LE CHEMINEMENT DE JÉSUS (2)
Pour moi, l’important n’est pas tant de comprendre la vie de Jésus que d’entrer dans l’intelligence de son existence. Pour cela, je n’ai pas besoin de savoir tout ce que Jésus a dit, tout ce qu’il a fait ; il me suffit d’une intelligence des moments-clés qu’il a dû vivre qui ne sont pas sans relation avec ceux que j’ai découverts dans ma propre vie. Cela va me permettre d’entrer dans le mystère de son existence de façon tout autre qu’en simple historien.
C’est donc à la lumière des Écritures, lues au niveau où je suis moi-même, que je peux atteindre une certaine intelligence de ce qui s’est progressivement développé en Jésus et qui va être pour moi une lumière, puisque cela me montrera la direction que j’ai moi-même à prendre pour me développer suivant ma propre voie, dans la ligne des potentialités qui sont miennes. Vous voyez la liaison intime qu’il y a entre l’intelligence de mon existence et l’intelligence de celle de Jésus.
J’insiste beaucoup, comme vous le savez, sur cette sorte de communion au niveau de l’existence. Au niveau de la vie, Jésus a vécu dans des conditions tout à fait différentes des miennes, ce qui fait que je ne vois que des différences, mais au niveau de l’existence, là où nous sommes sous-jacents à la réalité quotidienne contingente de chacun, nous atteignons un fond commun, une réalité fondamentalement une qui nous permet de recevoir de lui, et d’apporter par ce que nous sommes, une lumière nouvelle sur ce qu’il a été. Les deux choses sont liées.
C’est à ce niveau que je voudrais parler de l’existence de Jésus.
Vous voyez combien c’est subjectif ! Mais ne prenez pas le mot subjectif dans un sens péjoratif, c’est-à-dire des idées qu’on se fait grâce à une imagination pieuse, grâce à une manière de se défendre ou de se confirmer, ce qui est toujours sous-jacent dans les jugements sur nous-mêmes ou sur les autres. Nous sommes toujours en train de nous défendre de l’autre, de nous affirmer de manière à conserver une certaine autonomie, d’affirmer une certaine réalité existentielle à côté de l’autre, différent de nous. La subjectivité dont je parle est quelque chose de plus enraciné dans la vie quotidienne, dans ce que je deviens, quelque chose qui a d’autant plus de poids qu’il y a une relation secrète, non recherchée, entre tout ce que j’ai vécu et ce que je vis maintenant.
Évidemment, méditer là-dessus n’est pas suffisant. Pour réfléchir, il faut partir des Écritures, de ce que les quatre Évangiles nous disent de Jésus. Ce qui aurait été précieux serait d’avoir des écrits de ceux qui ont vécu humainement avec Jésus, les douze, mais nous n’en avons pas. Ceux qui étaient autour de Jésus étaient des pêcheurs, des paysans qui ne savaient ni lire ni écrire. C’étaient des hommes suffisamment profonds pour s’accrocher à Jésus, le suivre, malgré toutes les difficultés que cela pouvait présenter, mais ce n’était pas des gens cultivés. (à suivre)
Marcel LÉGAUT Annecy 1988
Articles et Conférences (Cahier 8 Tome III)
Ed. Xavier Huot, p. 553
