LE CHEMINEMENT DE JÉSUS (4)
Il y a un événement de la jeunesse de Jésus sur lequel j’insisterais volontiers.
Dans l’évangile de Luc, nous voyons Jésus et ses parents monter à Jérusalem. Là, il manifeste un intérêt particulier pour les conversations avec les docteurs. Je ne suis pas absolument convaincu que ces conversations eurent lieu, mais cela me touche. À l’âge de 11-12 ans, un enfant est assez détaché d’une certaine manière du moule parental pour avoir son originalité propre. Il a des intérêts propres qui ne sont pas nécessairement ceux de son père et de sa mère.
D’autre part, je crois que lorsqu’un enfant se met à parler de choses religieuses avec un adulte, il y a chez l’adulte une certaine joie à lui répondre, une certaine espérance, qui lui donne la possibilité de répondre aux questions de ce jeune avec une intelligence suffisante pour que le jeune s’en nourrisse. Comme Jésus était un garçon vigoureux, qu’il avait une passion pour les choses religieuses, lorsque ses parents ont estimé qu’ils pouvaient repartir, lui s’est arrangé pour rester. On trouve en cet enfant de la vigueur, de l’originalité, de l’audace et une profondeur justifiant l’originalité et l’audace.
C’est cette personnalité qui va se développer tout au long de la vie de Jésus. Il est devenu celui qu’on n’attendait pas, puis on a découvert après qu’on l’attendait mais d’une tout autre manière que jadis. L’âge de 12 ans n’est pas un âge quelconque. Il peut y avoir une possibilité de découverte d’une réalité spirituelle qui pourra être nôtre progressivement si nous y correspondons par la fidélité et qui va plus loin que ce qu’on pouvait lui dire.
Ensuite, nous n’avons aucune idée sur ce que Jésus a vécu jusqu’à l’âge de 28-30 ans. Il était comme tout le monde. Quand il a commencé à être un homme public, il retourne dans son pays et on lui dit : Qu’est-ce que tu fais ? De quoi t’occupes-tu ? Tu nous embarrasses tous.
Homme comme tout le monde, du moins du dehors. Du dedans, on ne sait pas ce qui se passe dans le cœur d’un homme de 15, 16 ou 20 ans, avant que certains événements lui aient donné l’occasion d’émerger à un autre niveau que le niveau sociologique où il était jusqu’à présent enfermé.
Cela est arrivé à Jésus, car nous le voyons pour la première fois se mêler aux foules pieuses qui vont sur les bords du Jourdain se faire baptiser après avoir été sermonnées par Jean-Baptiste. Jean-Baptiste semblait être dans la ligne des anciens prophètes, de ceux qui depuis plusieurs siècles n’existaient plus dans Israël parce que Israël était dans la ligne d’Ezéchiel, c’est-à-dire dans la direction « temple, culte, sacerdoce, loi… ». Il faut l’avouer : sitôt que le sacerdoce, la loi, le culte, le temple prennent leur dimension, les prophètes disparaissent. Il y a un certain antagonisme entre une religion trop organisée, trop structurée et le prophétisme. Jean-Baptiste était dans la ligne de Jérémie, probablement. (à suivre)
Marcel LÉGAUT Annecy 1988
Articles et Conférences (Cahier 8 Tome III)
Ed. Xavier Huot, p. 554
