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La Nature, Mère de l’Humanité

On ne sait pas, avant.

            On ne sait pas comment cela va se passer.

                        On pense que tout ira bien, qu’on sera assez fort pour assumer la situation.

                                    Et cela se transforme, petit à petit.

Lorsque les mots se perdent,

            Lorsque le pas hésite et se plie,

                        Lorsque la main se fait tremblante et ne saisit plus,

Lorsque les yeux se creusent, tournés vers l’intérieur où défilent et se mélangent des images éteintes,

            Lorsque la pensée n’arrive plus jusqu’aux lèvres.

Le voici, le Grand Vieillard, à la fin d’un long cheminement dans le temps et dans l’espace.

            Il ne sait plus le temps, il ne sait plus l’espace.

            Il n’a qu’une boussole : la compagne qui subvient à ses besoins au jour le jour et sans laquelle il est perdu.

Oubli…. Les noms des personnes connues et aimées n’évoquent plus leurs images.

La représentation mentale ne se fait plus. Restent les photos… mais même celles-ci s’estompent dans la mémoire.

Peu à peu se réduit le champ des possibles.

            Une à une s’arrêtent les activités habituelles, les occupations intellectuelles, la lecture, l’écriture...

Les capacités diminuent, on doit apporter davantage d’aide, on peut encore parfois en plaisanter.

Pourtant, cela devient difficile : d’abord le corps, lorsqu’une affection passagère en montre la fragilité, et nécessite davantage de prise en charge.

Fragilité aussi pour celui ou celle qui assiste la personne dépendante : un mauvais rhume, voire une atteinte plus grave, et la voilà en incapacité d’assumer ; pourtant il le faut. Pas commode !

A-t-on présumé de ses forces ? Quand tout va bien, on ne se pose pas la question… mais quand ça ne va pas… on réalise le poids de l’assistance.

            Le Silence...

On perd la capacité de stimuler, de raconter… il n’y a pas de réponse, pas de compréhension. Le cadre de vie se rétrécit. On ressent un sentiment de vide, une perte d’initiative, un enfermement, un isolement et une grande frustration.

La musique est cependant d’un grand secours. Elle accompagne les longs temps passés dans le grand fauteuil. La joie revient quand les enfants rendent visite, invitent à une promenade...

Vivre ce moment. Être là, dans le présent. Assumer. Parfois en avoir assez, et maudire (tout juste un peu), la mécanique électrique qui stimule les battements du cœur. Se garder de trop penser à « Après »… malgré la frustration. Accepter d’être un peu découragé(e). Mais être là, dans la vie qui est encore là. Trouver comment établir la relation avec l’être qui n’a plus la capacité de communiquer : le regard, le toucher… Il y a quelques éclairs de connaissance : la lecture d’un poème, par exemple, ou bien quelques pages d’un journal de vacances rédigé lors de voyages avec les enfants jeunes.

C’est un cheminement dans la durée, cette « montée abrupte vers le réel » qu’exprime Marcel Légaut. Comment rester pleinement dans la Vie ? Comment garder le souvenir de la personne lorsqu’elle était dans la plénitude de ses fonctions physiques et intellectuelles ? Cela interroge également la compréhension de sa propre mort, mais surtout, de ce qui la précède : cette période où l’on n’est plus comme avant. Aborder la dépendance.

La proposition de formation proposée par Étienne Godinot « Vivre intensément en intégrant la mort » (QN 409 de juin) nous concerne tous, car aucun d’entre nous n’échappera à ce temps difficile. Y réfléchir lorsqu’on est encore bien vivant c’est important, pour chacun et pour celles et ceux qui nous entourent et qui seront, peut-être, nos soutiens dans ce temps futur.

Nous consacrerons le numéro du QN d’octobre prochain au « Grand Âge » : chaque lecteur peut d’ores et déjà rédiger un témoignage, une réflexion, une prière, ou autre, sur le sujet. Dessins et photos seront les bienvenus. Contributions attendues avant le 10 septembre.

À bientôt ! 

Odile Branciard