LE CHEMINEMENT DE JÉSUS (5)
Jésus se mêle à la foule et, à un moment donné, se fait baptiser. Nous ne savons pas ce qui s'est passé à ce moment-là, mais on peut penser qu’il y a eu entre Jésus et Jean-Baptiste des rencontres directes et pas seulement des rencontres de foule à prédicateur. D’ailleurs, les évangiles le disent bien, mais avec une intention derrière la tête : celle de bien montrer que la mission de Jésus était très supérieure à celle de Jean-Baptiste.
Pour ma part, cela correspond à cette idée que c'est une grande bénédiction pour un jeune homme de rencontrer un être plus âgé qui a vécu sa foi et qui a non seulement une autorité de fonction mais de mission et qui approche de ce jeune pour lui faire l'aveu de ce qui a été fondamental dans sa vie. Cette sorte de communication en profondeur fait que l'un éveille l'autre. Si l'ancien éveille le jeune d'une certaine façon, en admettant que le vieux soit plus âgé que le jeune, dans la mesure où il rencontre dans le jeune ce qu'il a lui-même vécu lorsqu'il était jeune, l'ancien se rajeunit au contact du jeune comme le jeune se prépare à être adulte à son contact.
Vous avez là une expérience classique. Dans l'ordre du spirituel, il n'y a pas de communication sans qu'il y ait échange. Celui qui donne reçoit et celui qui reçoit donne, les deux étant intimement liés. Celui qui donne ne sait peut-être pas au départ qu'il reçoit mais il le découvre après et celui qui reçoit ne sait pas toujours tout ce qu'il a reçu et c'est à longueur de vie qu'il découvre petit à petit l'importance de ce qui lui a été donné et qui souvent va bien au-delà de ce que l'autre savait lui donner.
De fait, quand Jésus a rencontré Jean-Baptiste et s'est fait baptiser, il lui est arrivé ce qui n'est pas arrivé aux autres. Les autres Juifs pieux retournaient chez eux avec la conscience tranquille, une satisfaction supplémentaire et cela ne changeait pas grand-chose à leur vie. Chez Jésus, ce fut autre chose, «il est chassé au désert». Il part au désert peut-être un peu pour vivre comme Jean-Baptiste lui-même qu'on nous présente comme un ermite, mais surtout pour des raisons spirituelles qui ne devaient pas être tout à fait étrangères aux conversations en profondeur qu'ils ont dû avoir à ce moment-là. II n'y reste pas très longtemps et se rend compte que sa voie n'est pas tout à fait la voie de Jean-Baptiste qu'il pensait suivre au départ.
La grandeur d'une communication spirituelle, c'est qu'au départ, le fils part avec une certaine admiration un peu excessive pour le père et qui vise à l'imitation tandis que la véritable innovation conduit à être soi-même créateur. Un vrai créateur aide les autres à être créateurs et non plagiaires. (à suivre)
Marcel LÉGAUT Annecy 1988
Articles et Conférences (Cahier 8 Tome III)
Ed. Xavier Huot, p. 554-555
